L’Épopée de la SMN 1910-1993

Notre rencontre d’octobre 2026 avait pour objet de retracer le chemin parcouru et les grands événements de la “Grande Dame” à savoir la SMN aujourd’hui disparue.

Pour nous faire revivre cette période sidérurgique normande (1910-1993), les Anysetiers ont accueilli Alain LEMÉNOREL ancien Professeur d’histoire à l’université de Caen et auteur d’un superbe ouvrage intitulé “La SMN une forteresse ouvrière” diffusée seulement en 2005 afin d’attendre la cicatrisation des frustrations et des colères du personnel face à la fermeture de la SMN en décembre 1993.

Sous l’impulsion de l’industriel allemand August Thyssen, propriétaire des mines de Soumont, cette petite entreprise sidérurgique est créée en 1910 sous l’appellation les hauts fourneaux et aciéries de Caen (HFAC).

Avec l’entrée en conflit entre la France et l’Allemagne, des problèmes financiers apparaissent. L’arrivée de la famille Schneider du Creusot permet de finir la construction.

HFAC devient la société Normande de Métallurgie et elle est opérationnelle en 1917. Elle incarne ainsi le renouveau industriel bas normand avec les mines de Soumont, St André, la Ferrière et Les Aucrais et suite à un dépôt de bilan elle devient la SMN en 1924.

En juin 1944 la guerre détruit complètement cette usine intégrée et après une reconstruction très rationnelle et fonctionnelle sur les 160 hectares avec l’appui de l’État, des banques et des pays comme l’Angleterre, les États-Unis, la remise en route du 1er four aura lieu en juillet 1950.

À l’époque (1956/59) sa capacité de production (1 million de tonnes) et d’exportation d’acier était supérieure à la moyenne nationale française dans son domaine grâce notamment à la proximité du canal et de la mer (Sidérurgie sur l’eau).

À son apogée, la SMN employait 6450 salariés (1/3 étrangers de l’Europe de l’Est), avait une très bonne santé financière, elle était à la pointe de la technique avec le plus grand haut-fourneau du monde et produisait du fil d’acier jusqu’à 20 % de la production française.

Selon le paternalisme industriel, la SMN a construit, pour tous ses salariés, des cités ouvrières comprenant ; centre de formation d’apprentis, crèche, bibliothèque, cinéma, club sportif, centre médical, école avec tous les niveaux, amphithéâtre etc. l’objectif était de stabiliser la main-d’œuvre et l’enraciner y compris avec ses traditions. Selon certains sociologues de l’époque “du berceau à la tombe”

Sur le plan technique elle a sécurisé ses approvisionnements avec les mines et la construction de 70 km de chemin de fer.

De l’entrée de l’usine vers la sortie des produits finis on trouve successivement ;

La préparation des matières premières (minerai, coke, calcaire), Les hauts fourneaux, Les fours à chaux, l’aciérie (Martin, Thomas, Oxygène), Les laminoires avec la coulée continue et le train de fil.

Pour reprendre les propos d’Alain LEMÉNOREL, cette “Forteresse Ouvrière” perd son autonomie lorsqu’elle tombe dans le giron d’Unimétal.

Face aux nouvelles aciéries électriques notamment en Italie, aux prix de plus en plus faibles demandés par l’État et aux accords internationaux, la SMN annonce, bien qu’elle soit le premier site de fil machine en France, sa fermeture en 1993-1994 qui finalement aura lieu en décembre 1993.

Les Anysetiers et leurs amis remercient chaleureusement Monsieur Alain LEMÉNOREL pour son excellent exposé sur l’histoire de la SMN et l’invitent lui et son épouse à partager nos moments de convivialité et d’amitié à l’occasion du repas de ce soir.